FERRON-CALLOT

2012 – Entre Terre et saveurs

Peggy pose un regard qui m’enchante. Comme elle l’exprime si bien, l’un est dans tout et tout est l’un. Son travail d’interdépendance me séduit, car il m’immerge dans ma Terre, dans ma passion, ma raison d’être.
Dans la série fusion, elle enlumine le souffle de la nature telle qu’elle nous parle.
Au fil de la lecture, je me retrouve à mon retour de marché, réfugié dans mes pensées, dans mes élucubrations. Je songe à mes choix, au jardinier qui m’a offert son panier-paradis garni de trésors. Comment je les ai appréhendés, soupesés, examinés. Pourquoi je les ai éclatés. Oh ! Simplement, pour fixer leur parfums ! Et les goûter ! Incontestablement. Pour finalement me glisser dans leur peau.
Le cadrage que pose Peggy sur les éléments et les choses, me projette dans des expressions savoureuses. Pénétrer ces photographies, c’est se poser, pour les goûter dans leur identité singulière, loin des fioritures qui envahissent bien trop souvent nos univers.
Là, l’architecture paysagère révèle des structures. Là, la luminosité d’un ciel éclate de sucrosité. Là, la fraîcheur d’une prairie perle les tranches de navets. Là, un nuage plus moutonneux nous aurait projeté dans une liaison plus dense, plus puissante, J’aime ces fusions qui suscitent la rêverie, qui nourrissent l’imaginaire.
Riche de cette respiration intimiste avec la terre, traduite avec tant de bonheur par Peggy, la traduction plastique qui se façonne dans la cuisine se fait naturellement. La nature nous souffle, toujours et encore, de tendre à l’essentiel !
Nourris de cette interdépendance, les bougés, les flous, les fondus traduisent par leur élégance le juste mouvement : le glissé délicat d’une pâte fragile, la dextérité de la taille d’un légume, l’élégance de la pose d’une composition, le suivi du ruban d’aligot…
Tout compte fait, Peggy aiguise notre regard, affûte notre oreille, façonne notre langue, avive notre nez au véritable sens de la cuisine-nature.

Michel Bras Chef Cuisinier, 2012

 

La cuisine de Michel Bras est l’éloge de la nature. Il parle de son terroir avec poésie et émerveillement, et cette nature semble l’habiter. Le gargouillou, comme il dit, est un « hymme à la saison et respire la vie». De toute évidence, mon choix ne pouvait se porter sur quelqu’un d’autre.
Il y a trois niveaux de lecture dans mon travail photographique :
– L’interdépendance entre l’homme et la nature
-L’étroite relation entre la cuisine et les arts plastiques
-La main, le geste La série Fusion montre le cuisinier qui transforme et transmute la matière organique, jouant avec les saveurs, les formes, les textures, les couleurs… Ainsi, geste et matière s’enlacent pour mieux se fondre. Cuisinier ou photographe, nous détournons la nature pour mieux la donner à voir.
Dans la cuisine et dans les arts plastiques, le langage est le même : couleurs, formes, matière, mouvement,
flou, net, vide, plein, lignes, courbes, ombre, lumière, clair-obscur, empreinte, goût, beauté, harmonie, saveur,
geste, composition, esquisse, projet… la liste est longue.
La cuisine de la famille Bras est joyeuse et invite au voyage.
Elle éveille tous nos sens. Non seulement cuisiniers, Michel Bras et son fils sont également peintres, sculpteurs,
poètes, musiciens… Et ils connectent l’homme à sa propre nature, sans fioritures.

Dans la série Diptyque, j’oppose l’extérieur à l’intérieur, la terre-paysage matière et le geste sublimant cette
matière.
On y retrouve la main, comme premier outil de l’homme, celle qui transforme le blé en pain.
La main, histoire d’un savoir-faire.

peggy